Il y a un chat dans la rue, qui se marre tout bas. Assis sur le couvercle de sa poubelle ébréchée, il se délecte avec jubilation du spectacle sur les pavés.
C'est un chat du soir qui aime les faux-semblants et les conventions qui paralysent. C'est un chat noir, évidemment, pelé et borgne. Ce qui ne l'empêche pas de voir ce qui ne se trame pas et le devrait. C'est un chat enroué qui éteint une toux rauque de fumeur avéré, miasmes de ses autres vies.
Le chat borgne sur sa poubelle sourit de sa dent jaunie. Il irait bien jusqu'à la demoiselle penchée, vérifier sa petite effrayabilité. On ne sait jamais.

Elle se redresse. Elle a le regard d'acier. De dos on ne l'aurait jamais cru. Elle se fiche des vents contraires et de ce qui souffle derrière son dos. Elle n'a peur que d'elle-même.
Pourtant elle sait où elle n'ira pas, où elle n'ira plus. Elle rejoint la salle de l'autre côté de la ruelle.
Elle a derrière elle les ombres-cimetières dans lesquelles elle enterre ses petites morts.
Ça alourdit son pas, ça ralentit son allure, elle avance un peu de guingois. C'est sa façon de marcher.
Ça lui dessine une couronne tout autour. Ça la grandit, ça l'épaissit. Ça lui donne de la teneur, de la texture. C'est une vertèbre à chaque petite mort, une étonnante petite rigidité qui lui permet de tenir droit quand elle n'est pas allongée.