Lili O. de son petit pas léger s'en est allée...
Elle a relevé ses jupons, enjambé le petit pont, elle a jeté un dernier regard en arrière -l'avez-vous vu, il était pour nous- et d'un battement de cils elle s'est évaporée.
Lili O. de son petit pas léger s'en est allée taquiner d'autres plumes.

Lili, je l'ai rencontrée un jour d'automne. Elle m'a laissé m'approcher, un peu, puis plus près.

Depuis qu'elle est née, Lili a le regard haut. Haut, O, comme le dessin que lui trace l'émerveillement dans le fond de l'œil. O, comme la rondeur de son œil plein d'étonnement.

Quand elle était adO, Lili a eu peur si souvent de voir sa vie se fâner. C'est qu'il y a parfois de méchantes herbes qui vous pourrissent la floraison.
Sans béquille et sans tuteur, Lili petit à petit s'est hissée à la hauteur des grandeurs qui lui faisaient envie.
Elle ne le sait pas toujours. Pourtant elle pourrait donner le vertige.

Ce n'était pas une mince affaire. Il fallait passer les ronces, sans lâcher ses Petits Poucets, il fallait une coupe franche dans les racines sans perdre les cailloux blancs, en ramasser d'autres encore, et agrandir sa poche.
Ça ne lui a pas fait peur. Lili l'aérienne peut être guerrière, les deux pieds dans la terre, ou coureuse de triathlon.

Et puis la vie l'a rattrapée, Lili. Elle devait en avoir marre de se faire distancer, la vie. Elle l'a prise par la taille, l'a fait sauter en l'air, l'a serrée fort. L'a aimée. Et l'aime encore.

Lili chrysalide, en haut de sa tige, se laisse bercer par le vent. Elle rêve et dodeline et peaufine doucement son cocon à plusieurs. Elle tisse avec savoir-être la plus jolie des matières pour un nouvel envol.

Hop, elle a filé. (et je crois bien qu'elle a des bouts de moi dans ses filets...)